Ca fait encore du monde (la Grande Famille, deuxième)

Ainsi donc, 8 % de la population asiatique descendent en ligne à peu près directe de Gengis Khan. C’est impressionnant. Et ça laisse 92 % issus de…ben…tout le monde, n’importe qui, personne de bien précis. Enfin pas exactement. D’autres études du même genre ont permis d’identifier un autre super-ancêtre dans quasiment le même secteur.

Ce qui va nous permettre par ailleurs de répondre à une question pressante posée pendant une nuit agitée de Shanghai, en 1935.

En 2005, d’autres généticiens se sont penchés sur des échantillons de chromosomes Y recueillis en Asie orientale. Ils ont ainsi mis en évidence un autre haplotype Y (un modèle de chromosome) partagé par une proportion statistiquement anormale de cette population. En l’occurrence 3,3 %. C’est certes moins que pour Gengis Khan, mais ça fait encore du peuple. D’autant que le phénomène est plus récent, puisqu’il est estimé à plus ou moins 500 ans.

Ce qui a permis aux chercheurs en question de soupçonner Nurhaci.

C’est Nurhaci, Willie. Vous voulez que je vous le présente ? Je passe une veste et…

Nurhaci est un Mandchou, ou plus exactement un Jurchen, qui fait partie du clan des Gioro (ça fait un peu italien, mais non). Il naît en 1559, dans un coin de ce qui est aujourd’hui la Corée du Nord. Quand il a 22 ans, son père et son grand-père sont tués par un chef de clan rival. Nurhaci se met alors en tête d’unifier les différentes tribus de Jurchen sous son autorité. Ce qui lui permet de mettre la main sur le type qui avait trucidé ses deux aïeux, et de lui infliger le même traitement. C’est comme ça, il était plus du genre à se venger qu’à pardonner.

C’est une question de point de vue. Plusieurs tribus et clans s’opposent à lui, mais il passe les années suivantes à leur botter les fesses jusqu’à ce qu’ils comprennent. Ce qui lui vaut de recevoir en 1606 le titre d’Empereur Respecté (Kundulun Khan) de la part des Mongols, qui sont plutôt des experts en la matière. C’est ainsi qu’en 1616, Nurhaci se proclame Khan de la dynastie Jin, ce qui correspond à la version chinoise du nouveau nom qu’il a pris pour son clan.

Nurhaci part alors en guerre contre la dynastie de Ming qui gouverne la Chine, en s’assurant notamment le soutien des Mongols. Il remporte plusieurs victoires mais finit par recevoir une vilaine blessure à l’occasion de sa première défaite en 1626. C’est son huitième fils (détail non anodin) qui lui succède. Et qui finit par vaincre définitivement les troupes Ming en 1642. Il fonde ainsi la dynastie impériale Qing, la dernière de Chine, également connue sous le nom de dynastie mandchoue, puisque c’est le nom que le fils de Nurhaci, Huang Taiji, a choisi pour désigner l’ensemble de Jurchen.

Nurhaci est ainsi le grand-grand-grand-etc. père de Puyi, plus connu comme :

Quand on a décidé de faire dans l’illustration ciné, on ne fait pas les choses à moitié.

La dynastie Qing accordait une importance toute particulière aux descendants mâles directs de Nurhaci, qui recevaient en tant que tels des rentes tout à fait conséquentes en argent, en riz, mais aussi en concubines. A la fin de son règne, en 1912, la lignée de Nurhaci comptait ainsi 80 000 membres officiels. De toute évidence, elle ne se limitait pas à cette liste protocolaire, au vu de la répartition du chromosome « mandchou ».

A noter que la preuve finale du lien entre la présence de chromosome et la dynastie Qing, qui aurait pu être apportée en réalisant des tests à partir de descendants connus de la lignée de Nurhaci qui figuraient sur cette liste de 1912, n’a pas pu être établie. Les documents et archives utiles pour réaliser ce travail ont été perdus pendant la Révolution culturelle, alors que de leur côté les concernés cherchaient à se faire discrets. La Révolution a réussi à faire disparaître l’héritage, de ce point de vue.

Et pour finir, signalons un phénomène similaire bien plus proche de chez nous. C’est ainsi que dans la partie ouest de l’Irlande, un homme sur cinq serait lié à la dynastie médiévale des Uí Néill (AUCUNE idée de la façon dont ça se prononce), qui a régné sur le nord de l’île entre le 5ème et le début du 17ème siècle. Et qui a donné le nom de famille O’Neill.

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