Victimes de la mode (2/3)

Deuxième partie : recommandations pour une soirée mortelle. Où l’on voit qu’il ne suffit pas de se débarrasser de sa robe à l’arsenic pour être en sécurité

– Donc, l’intoxication à l’arsenic c’est pas top glamour.

– Ca n’a pas l’air, non.

– Mais il y avait d’autres façons plus amusantes de mourir à cause de ses vêtements!

– Amusantes, vraiment ?

– D’accord, c’est peut-être pas le mot. Plus…rapides ? C’est mieux, rapides ?

– Tant qu’à faire, j’imagine qu’il vaut mieux que ça aille vite.

– Avant d’y venir, mentionnons encore un danger qui concernait spécifiquement les fabricants et ouvriers. Tu vois Alice ?

– Tu pourrais être plus spécifique, je ne veux vexer personne.

– Pardon. Celle qui explore les terriers de lapin.

– Qui finit aux pays des merveilles ?

– Celle-là même. Eh bien figure-toi que le chapelier fou n’est pas que le fruit de l’imagination de Lewis Carroll. A l’époque, toujours le 19ème, on utilisait encore du mercure pour fabriquer le velours, autrement dit les professions qui travaillaient beaucoup ce textile, typiquement les chapeliers, respiraient des doses significatives de vapeurs de mercure. Et ce n’est pas particulièrement recommandé pour le bon équilibre neurologique. En conséquence de quoi, les chapeliers étaient souvent victimes d’empoisonnement au mercure, d’où l’expression « fou comme un chapelier » en anglais. En anglais, mais le syndrome ne se limitait au territoire britannique, et il a également fait quelques milliers de victimes en France, entre autres.

– Et les chats qui deviennent invisibles, c’est pareil, c’est historique ?

– On n’a que des témoignages indirects.

De la même façon, la substance à l’origine des choix de carrière de Johnny Depp n’est pas formellement identifiée.

Mais revenons à nos moutons, les fringues qui tuent ceux qui les portent. Parlons tutus.

– Je suis toujours partant.

– Sais-tu ce qu’est « l’holocauste des ballerines » ?

– Je suis heureux de dire que non, ça ne présage rien de bon.

– Non, en effet. C’est l’expression qui fut utilisée pour se référer au grand nombre de jeunes danseuses qui moururent lorsque la mousseline de leurs tutus prit feu en raison d’une trop grande proximité avec des éclairages au gaz. Je tiens à souligner que les méchouis en entrechats furent suffisamment nombreux, entre l’apparition de l’éclairage au gaz et celle des ampoules électriques, pour qu’on invente une expression spécifique, à base du terme holocauste.

– Ca vient de là « brûler les planches » ?

– Pas que je sache. Et tu veux savoir le pire ?

– Non.

– M’en fous. Des produits retardateurs de flammes existaient et étaient disponibles pour en imprégner les tutus. Mais ils les rendaient tout moches, alors non. Continuons dans la même veine…

– Non mais j’avais dit non…

– A peu près à l’époque où l’on s’avisa que les robes à l’arsenic n’étaient pas idéales, une nouvelle mode vint heureusement proposer une alternative : les crinolines. La crinoline en métal fait l’objet d’un brevet en 1856, et dans les années qui suivirent cette mode qui permet à celles qui l’adoptent de couvrir quelque chose comme 10 mètres carrés connut un réel engouement.

En dépit d’une praticité…discutable.

Tu te doutes bien que si d’agiles jeunes filles en tutus pouvaient parfois commettre l’erreur de s’approcher trop près d’un bec de gaz, le risque était encore plus grand pour des dames du monde qui manœuvraient dans des salons avec l’encombrement d’une camionnette.

– Non mais sérieusement ?

– Absolument. Et pas qu’un peu. Dans les années 1850 et 1860, le nombre des victimes estimées des feux de crinolines en Grande-Bretagne atteint…3 000 personnes.

– …

– Non parce qu’en plus les gens qui se sont penchés sur la question considèrent que la circulation de l’air sous la jupe/robe était de nature à attiser les flammes. Histoire d’en rajouter une couche.

– Bal tragique chez la duchesse.

– Exactement. Bon, maintenant rétablissons un peu l’équilibre.

– Tu vas me parler de gens morts de froid ?

– Non, mais abordons un instant la mode masculine.

– Nous sommes entre experts.

– Absolument. Par conséquent, je ne t’apprendrai pas que si la mode féminine est alternativement motivée par la volonté d’apparaître sous son meilleur jour ou de prendre feu, le principal moteur de la mode masculine est…

– D’envoyer des messages subtils sur sa virilité ?

– C’est…pas la réponse que j’attendais, mais je ne peux non plus te donner tort.

On ne rigole pas, c’est une vraie tendance au Mexique.
Bon, ok, on rigole quand même.

Sinon, je pensais plus à la paresse.

– C’est vrai, aussi.

– En l’occurrence, je me référais aux faux-cols.

– Ah, Dieu, que je déteste ces saloperies ! Ca fait de la bière en moins, quelle infamie !

– Certes, aussi; mais revenons-en à la mode. Les faux-cols, dans le domaine vestimentaire, présentent l’avantage qu’on n’a pas à changer sa chemise tous les jours. Suffit de changer le col.

Dans certaines circonstances, on peut même complètement se passer de chemises. Comme ici Sam et J-C lors d’une récente sauterie.

Le faux-col détachable est également une invention du 19ème siècle. Et à l’époque, il est à l’image de la haute société, à savoir très blanc et très rigide. Au point d’en être dangereux. Si son porteur est pris d’un accès de somnolence, par exemple après avoir dégusté un brandy au club, et qu’il se laisse aller à s’endormir la tête penchée en avant, la pression du col est suffisante pour compresser la circulation du sang ou de l’air, au point de faire suffoquer le gentleman en question. Pire, s’il trébuche ou chute, les pointes du col sont susceptibles de pénétrer la chair et de causer des blessures, qui peuvent s’avérer gênantes au niveau du cou. Il y a vraiment eu des morts. Au point que cet accessoire fut surnommé le “tueur de pères” en allemand (Vatermörder). Mais évidemment, cela ne suffit pas à le faire disparaître.

– Pffff… Non mais sérieux, le survêtement ça a du bon.

– Je suis d’accord.

A suivre…

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