Ferme les yeux, ouvre la bouche (2/4)

Aujourd’hui pour notre deuxième épisode, c’est une spéciale maquillage/beauté. Tout ce qu’il faut pour correspondre aux canons de la Renaissance et de l’époque victorienne. Faut juste s’empoisonner un peu.

La « belle femme »

La Cerise du Diable, ou Bouton-noir, est comme on pourrait s’y attendre une plante dont les baies sont particulièrement toxiques. Ca fait beaucoup, « particulièrement », vous demandez-vous sans doute. D’après certains, c’est la plante qui a tué le plus d’humains à travers l’histoire. C’est ça, particulièrement. Vous la connaissez sans doute sous le nom qu’elle a acquis pendant la Renaissance, à savoir belladone. De l’italien belladonna, ou « belle femme ». Il se trouve en effet que la baie de belladone contient de l’atropine, une molécule qui agit sur le système nerveux et provoque entre autres choses la dilatation de la pupille. Raison pour laquelle les ophtalmos s’en servent aujourd’hui pour vous regarder le fond de l’œil. La prochaine fois que vous irez faire un examen oculaire, dites-vous que les gouttes dont le docteur vous badigeonne généreusement les yeux contiennent un extrait de la plante qui a peut-être tué le plus de personnes à travers l’histoire. De rien.

Comment les femmes de la Renaissance ont-elles découvert cette propriété du jus de baies de belladone ? Aucune idée. Toujours est-il qu’à l’époque avoir des pupilles dilatées était considéré comme particulièrement attirant (ce qui à mon avis soulève une question encore plus confondante que la précédente). Peut-être parce que c’est en général un signe d’excitation. En conséquence, les femmes aux pupilles dilatées étaient vues comme belles, d’où le nom. La belladone les faisait également loucher, ce qui était aussi considéré comme sexy (ce chapitre pose beaucoup trop de questions dont je ne veux pas connaître les réponses).

C’est tout de suite mieux, non ?

Accessoirement, l’usage prolongé de l’extrait de belladone trouble la vue (il y a une raison pour laquelle les pupilles ne sont pas dilatées en permanence), provoque une accélération du rythme cardiaque. Et à terme, la cécité.

A peu près à la même époque, d’autres femmes qui n’avaient pas grand-chose de commun avec les courtisanes italiennes, utilisaient également de la belladone. Si les pupilles dilatées donnent un air un peu perché et enivré (ou plus), les « sorcières » concoctaient à partir de belladone des potions qui les faisaient littéralement planer. Les alcaloïdes de la belladone sont hallucinogènes, et peuvent notamment procurer la sensation de voler. Par ailleurs, afin d’absorber plus rapidement ces produits sans avoir à digérer des substances plus ou moins toxiques, nos sorcières préféraient les faire passer par leurs muqueuses. Les muqueuses vaginales, par exemple. Elles pouvaient ainsi appliquer la mixture sur leur balai, par exemple, et le…euh…chevaucher. Avant de s’envoler.

“Il a quelque chose de bizarre ce balai…”

La mort vous va si bien

Pas la peine de nier, la plupart d’entre vous sont passés par une phase gothique. Alors vous savez ce que c’est, pas facile de conserver ce teint pâle à la limite du cadavérique. Bien sûr, vous pouvez vous enfermer dans votre chambre les volets tirés, mais il y a toujours le risque qu’un rayon de soleil traître vienne ruiner tous vos efforts. Heureusement pour elles, les femmes de l’époque victorienne avaient à leur disposition un produit miracle pour préserver leur si classieux teint diaphane. De façon plus ou moins permanente. Ce produit, c’était les gaufrettes pour le teint à l’arsenic. Les plus attentifs d’entre vous auront peut-être noté la présence du mot arsenic. Comme le poison. Je vous rassure, c’est une coïncidence. Ha ha, bien sûr que non. C’était très exactement de l’arsenic. Les gaufrettes pour le teint à l’arsenic étaient de fines tranches de craie (miam !), remplies d’arsenic (re-miam !), à « grignoter délicatement ».

Mais évidemment que c’est sûr, c’est marqué dessus.

La bonne nouvelle, c’est qu’elles étaient considérées et vendues comme parfaitement inoffensives. La mauvaise nouvelle, c’est que le marketing victorien était à peu près aussi fiable que le marketing moderne. Pour être tout à fait honnête, le corps peut tolérer de petites quantités d’arsenic. Pendant de courtes durées. Mais avec le temps, l’empoisonnement à l’arsenic (s’empoisonner ? avec de l’arsenic ? qui l’eut cru ?!) provoque la perte des cheveux, des conjonctivites, des dégâts mortels du système nerveux et des reins, et une ravissante forme d’excroissance cutanées appelée kératose. Mais aussi, par ailleurs, la perte des pigments de la peau. Donc il faut reconnaître que pour avoir une tête de cadavre, ça marche très bien.

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