Coup de soleil : bulletin météo

– C’est une honte, c’est un scandale, on se moque de nous !

– Allons, quoi encore ?

– Appelez-moi la Cour des Comptes !

– Ah. Aurais-tu eu vent de quelque gabegie ?

– Quelque gabegie ? Oui, on peut dire ça comme ça. On se paie notre tête. Et cher en plus.

– Comment donc ?

– Je vais te le dire. Je te connais, à tous les coups, tu as entendu parler de cette nouvelle sonde qui a été envoyée vers le Soleil.

– En effet.

– Et envoyée pour quoi faire ? Etudier la météo solaire. La météo solaire ! On nous prend vraiment pour des ahuris. Je vais te la faire moi, la météo solaire : aujourd’hui, dégagé et ensoleillé, globalement chaud. Et c’est pareil tous les jours. Voilà. Ca va nous coûter combien cette mauvaise blague, hein ?

– D’accord. Je vois.

– Oh oui, bien sûr, tu vas m’expliquer que c’est pas ça du tout, et puis tu vas aller chercher pleins de mots avec des syllabes et tout pour m’expliquer que je n’ai rien compris.

– Je vais avoir du mal. A faire autrement.

– Evidemment, quand il s’agit de jeter l’argent par les fenêtres, tu n’es jamais loin.

– Attends, du calme. Pose ce téléphone.

– J’appelle le Trésor public.

– Je crois vraiment que tu devrais attendre deux minutes.

– Deux minutes.

– Ok. Alors déjà, la sonde va étudier le Soleil de manière générale, pas uniquement la météo solaire, qui est absolument quelque chose de réel, et de la plus haute importance. Par exemple, la couronne.

– La couronne ?

– Oui, la couronne.

– Le soleil a une couronne ?

– Ben oui.

– Attends, quand on dit que le soleil est le roi des astres, faut pas le prendre au pied de la lettre. Tu as trop regardé les imagiers médiévaux mon enfant.

Comment ça il n’a pas un nez et une bouche ?

– Mais non. La couronne solaire, c’est l’extérieur de l’atmosphère du soleil. C’est une couche de gaz ionisé, agité par le puissant champ magnétique de notre étoile favorite. La couronne, c’est le halo que tu peux voir pendant une éclipse.

Non mais c’est ses cheveux, non ?

– Oui, bon, d’accord, et qu’est-ce qu’elle a d’extraordinaire ta couronne, pour qu’on envoie des sondes l’étudier ?

– Elle est chaude.

– L’atmosphère du Soleil est chaude ? Sans rire ? Attends, en fait je vais appeler la NASA pour candidater chez eux.

– Non mais elle est vraiment chaude. Plus chaude que la surface du Soleil elle-même.

– La partie autour du Soleil est plus chaude que le Soleil lui-même ?

– C’est ça. La surface du Soleil est de l’ordre de 5 à 6 000 degrés.

– Celsius ?

– Evidemment, tu crois quand même pas que je vais te parler en Fahrenheit. On n’est pas des barbares. Bon, techniquement, il faudrait dire Kelvin, mais en l’occurrence ça change pas grand-chose.

– Non. Je le voyais plus chaud le Soleil.

– On parle de la surface. 5 à 6 000 degrés, ça fait en gros la même température qu’au centre de la Terre. En revanche, la couronne, elle, elle monte beaucoup plus haut, autour de 2 millions.

– Ah oui. Ca fait beaucoup plus, quand même. Comment ça se fait ?

– Eh ben justement, on aimerait bien le savoir. Pour ça qu’on envoie des machins pour étudier le tout.

– Mouais, admettons. Et sinon, le centre du Soleil, il monte à combien ?

– Une quinzaine de millions de degrés.

– Diantre. En même temps, hein, c’est le truc le plus chaud du secteur, au sens large.

– Mmm, non.

– Comment ça non ? Tu vas me dire qu’il y a plus chaud que le cœur du Soleil dans le système solaire.

– Oui. Et de loin.

– Genre quoi ?

– Genre on en a déjà parlé.

– Je ne me souviens pas de ça.

– Tu ne te souviens pas de ce que tu as mangé avant-hier.

– Avant-hier ? Jour pair, pizza.

– Tu avais une chance sur deux. Tu te rappelles du professeur Richter ?

– Oui, le scientifique nazi qui bossait sur une île secrète en Argentine.

– Lui-même. Il travaillait sur la fusion nucléaire. Pour faire simple, la fusion ça consiste à reproduire dans un réacteur le fonctionnement d’une étoile. Et comme la Terre est ridiculement plus petite et légère que le Soleil…

– Oh, ça va, ridiculement.

– En termes de masse les ordres de grandeur différent d’un facteur de un million.

– Oui, bon, ok.

– Comme la Terre est très très significativement plus petite et légère, faut compenser la différence de pression. Par conséquent, au cœur des réacteurs (expérimentaux) de fusion actuels, la température est beaucoup plus élevée que même au cœur du Soleil. Dix fois plus.

– Attends, dix fois ça fait…150 millions de degrés ?

‘Tention, touchez pas la vitre.

– C’est ça. Et encore, y’en a un qu’on a poussé encore plus loin. A ce jour, le record est à plus de 500 millions de degrés.

– Ici, sur Terre ?

– Ouaip. Et encore, c’est rien.

– C’est rien ?

– Tu as un autre truc monstrueux, la Z Machine, un super-générateur de rayons X utilisé notamment pour réaliser des simulations atomiques. Accroche-toi, elle a établi un record à 2 milliards de degrés. Ca fait plus chaud que l’univers 2 secondes après le Big Bang.

– 2 milliards…

– Après, les termes deviennent confus entre les échelles, je suis obligé de parler en nombre de zéros.

-Comment ça après ?!

– Tu vois le LHC ?

– Le Large Hadron Collider, le plus puissant accélérateur de particules à ce jour. Un super-collider.

– Ce qui est aussi un album de Megadeth. Tenons-nous à l’accélérateur de particules pour aujourd’hui. Eh bien que fait-il ?

– Il…accélère…des particules ?

– Tout juste. En leur donnant une très très grande énergie, afin de bien les éclater et voir ce que ça donne. Et on peut convertir cette énergie en température pour la particule en question. Le LHC peut ainsi conférer à ses particules une énergie équivalent à 1,5.1017 degrés. 15 avec 16 zéros après.

– D’accord, c’est impressionnant, mais je vois bien que tu essaies de noyer le poisson. Tu me parles de tout sauf de météo solaire.

– Pardon. La météo solaire, c’est l’ensemble des activités de notre astre local qui influencent les conditions dans le système solaire. Donc celles des planètes, et en particulier la nôtre.

– Tu dis ça comme si le Soleil faisait plein de trucs. C’est quand rien qu’une grosse boule de gaz en fusion.

– Mais précisément, quand tu as 2 milliards de milliards de milliards de tonnes de gaz comprimées par la gravitation au point de déclencher des réactions nucléaires, l’activité est tout sauf routinière et tranquille. Tu as une masse colossale, des réactions d’une puissance inimaginable, et des champs magnétiques qui donnent encore des maux de têtes aux spécialistes.

– Du calme.

– Mais non ! Tu sais combien de temps met un photon, une particule de lumière, pour atteindre la Terre depuis le Soleil ?

– Euh, je divise la distance par la vitesse…à peu près huit minutes.

– C’est ça. Mais à l’intérieur du Soleil, c’est tellement un milieu extrême, avec des couches tellement denses, qu’un photon produit au cœur du Soleil entre en collision et en interaction avec tellement d’atomes qu’il lui faut plusieurs milliers d’années pour se frayer un chemin et atteindre la surface. La fourchette des estimations est large, de 10 000 jusqu’à 170 000 ans. Alors que s’il voyageait en ligne droite sans encombre, il lui faudrait moins de 3 secondes.

– Et je me plains des bouchons.

– On ne le voit évidemment pas à l’œil nu, ne serait-ce que parce qu’il ne faut pas le regarder  à l’œil nu, mais le Soleil est très actif et changeant. Il connaît des cycles d’activité, d’environ 11 ans. Ce qui veut dire qu’il lui faut à peu près 11 ans pour passer d’un moment d’activité haute à un autre, en passant par une période basse.

– Excuse-moi, mais je ne comprends toujours pas ce que c’est que l’activité du Soleil.

– Les taches solaires, par exemple. Ce sont des zones plus sombres à la surface, qui apparaissent en raison des évolutions du champ magnétique qui conduisent à un refroidissement (relatif) d’une partie de la surface. Quand on parle d’activité haute, c’est qu’elles sont plus nombreuses. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’énergie émise par le Soleil est alors un peu plus intense.

– Au point qu’on peut se rendre compte ici ?

– Ah oui. Tu connais le petit âge glaciaire.

– Oui, c’est la période qui court en gros du milieu du 16ème au milieu du 19ème, pendant laquelle les températures ont baissé d’un peu moins d’un degré, suffisant pour que les hivers soient sensiblement plus froids. Il a surtout été ressenti en Europe et en Amérique du Nord.

Barcelone, août 1566

– Voilà. Eh bien l’une des explications avancées, entre autres et sans exclure les autres, est que cette période a correspondu à une activité solaire plus faible, avec même disparition complète des tâches solaires pendant plusieurs décennies.

– Une des explications, c’est pas très probants ni spectaculaire.

– Ah oui, d’accord, tu veux du plus gros ?

– S’il-vous-plaît.

– Ok, assieds-toi bien, parce qu’on va parler de trucs cataclysmiques, rien que ça. Revenons aux taches solaires. Elles sont dues à [truc super compliqué, cherchez pas] du champ magnétique. Tu as ainsi des concentrations d’énergie magnétique à la surface de la grosse boule jaune. Et puis cette énergie se libère, et c’est une éruption solaire. Ca dure entre quelques minutes et plusieurs heures, et ça balance des quantités étourdissantes de radiation et de plasma dans l’espace.

Le petit machin bleu ridicule, c’est là qu’on habite.

Ensuite, tu as les protubérances solaires, c’est-à-dire des filaments de plasma qui se forment à partir de la surface du Soleil et jusqu’à la couronne, en suivant son champ magnétiques. Ca fait comme une boucle.

Le terme “filament” a peut-être conduit certains à penser que c’était un petit truc. Non.

Les éruptions comme les protubérances peuvent provoquer (mais ça arrive aussi sans, c’est compliqué) un troisième phénomène : les éjections de masse coronale.

– C’est quoi encore ce truc ?

– C’est quand la couronne décide, comme ça, de balancer du plasma dans l’espace. Des milliards de tonnes de plasma, c’est-à-dire du gaz très chaud et surtout électriquement chargé, donc traversé lui-même par des champs magnétiques importants.

– Une minute ! Des milliards de tonnes de plasma qui nous arrivent dessus ?

– Oui, mais entre le point d’émission et ici, ça se dilue beaucoup. A l’arrivée, ici, ça ne représente que quelques particules au centimètre cube. Pour autant, ça nous importe.

– En quoi ?

– En temps normal, je veux dire sans aucun des trucs dont on vient de parler, la Terre reçoit du Soleil de la lumière, de la chaleur, et du vent solaire. Le vent solaire c’est un flux continu de matière émis par le Soleil.

-Quelle matière ?

– Du plasma aussi. Un flux tonnes d’électrons et de protons la seconde, envoyé dans toutes les directions à plusieurs millions de kilomètres/heure. Donc en partie directement vers nous.

– Hein ? Mais oh, ça va pas, c’est dangereux ça ?

– Oui. Mais la Terre est protégée.

– Par Goldorak.

– Pas contre le vent solaire. Par son champ magnétique propre, qui crée la magnétosphère et dévie l’essentiel de tout ça.

C’est pas Goldorak, c’est une araignée géante de l’espace.

Il en passe un peu, notamment au niveau des pôles, et c’est ce qui provoque les aurores boréales. C’est joli, et pas dangereux.

– Oooooh…

Profitez-en. Après on attaque les trucs pas sympas.

A suivre

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