Gonflette

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A l’encontre de ce que la sagesse populaire et l’avis général, qui prédominent encore alors nous nous approchons quand même du quart du 21ème siècle et que l’usage des technologies de communication dites modernes est maintenant monnaie courante, pourraient laisser imaginer, il nous faut certainement procéder à une clarification :

En Marge a beau être une créature numérique, par conséquent le fruit de l’activité de deux individus sur un clavier avant que la technologie la plus avancée transforme cette matière immatérielle en signes ayant (vaguement) un sens pour un lectorat enthousiaste, pléthorique, et de bon goût, il ne faudrait pas croire que ses concepteurs ne sont que de purs (plus ou moins) esprits (plus ou moins) éclairés (plus ou moins). Non, si notre production se veut de nature intellectuelle, nous ne sommes pas pour autant que des machines à réflexion dont l’activité physique se limiterait aux trajets lestes et graciles de nos doigts sur des touches.

De la même façon, bien que tournés vers une activité numérique axée notamment sur la recherche de faits et anecdotes noyés dans la masse de l’information disponible en ligne, nous sommes en réalité fort éloignés du cliché réducteur de la taupe d’Internet qui n’a qu’une vague idée du concept « d’extérieur », et n’a de contact avec le monde que via un écran installé dans le garage réaménagé de sa maman.

C’est pas nous. On fume pas.

Bien au contraire, incarnation de l’idéal de l’esprit sain dans un corps sain, l’équipe éditoriale passe allégrement des fulgurances propres à ravir l’esprit avide de sapience aux efforts, pour ne pas dire prouesses, physiques réservées aux athlètes à la condition remarquablement aiguisée par des exercices réguliers et vigoureux.

L’important c’est la régularité. Tous les jours, sans faute.

Pour autant, on ne va pas se mentir, nous aussi on sourit quand on entend que des gens vont faire des études de sport à a fac. Et quand on se souvient que c’est notamment pour pouvoir devenir profs de sport en collège et lycée, nous ne sourions plus. Nous nous esclaffons franchement.

On a eu des profs de sport. On sait.

Eh bien voilà, nous avons tort. Pas sur tout, évidemment, mais même si nous n’en sommes pas forcément conscients au quotidien, la science du sport est un truc qui existe, et qui progresse. « Comment ça progresse, exactement, on découvre de nouvelles façons de courir plus vite ? », vous demandez-vous peut-être un peu narquoisement. Oui, précisément. Enfin pour ce qui est du sprint à dire vrai aucune idée, mais sans doute. Les études de plus en poussées de la physiologie et du métabolisme humains conduisent régulièrement à concevoir de nouveaux modes d’entraînement et de pratique sportive qui permettent d’exploiter plus avant le potentiel de notre remarquable organisme. Et c’est parfois en regardant un peu en arrière qu’on s’en rend compte.

Je vous sens sceptiques, vous voulez un exemple. Fort bien. Prenons donc le culturisme. Je dis culturisme précisément pour souligner que nous allons remonter un peu dans le temps, à l’époque où ça ne s’appelait pas encore body building. Si l’on se réfère à la statuaire antique, on aurait tendance à penser que ça fait un moment que des individus ont trouvé le moyen de développer leurs muscles plus que de raison. Prenons par exemple l’Hercule dit de Farnèse, également appelé Hercule au repos, dont l’original date du 4ème siècle avant notre ère.

Très très au repos même. Du coup personne n’a remarqué qu’il avait un orteil bizarre.

Si l’on se base donc sur cette référ…pardon ? Oui, bien sûr qu’on a d’autres angles, si vous voulez.

C’est bon, on peut continuer ?

Si l’on se base sur cette référence, donc, on pourrait croire que ça fait un moment que nous savons collectivement comment se doter de bras gros comme des bûches, ainsi qu’il est d’usage dans le milieu des rédacteurs de blogs. Et pourtant, un petit tour dans les archives des compétitions de culturisme nous montre qu’il n’en est rien.

Ainsi donc, voyons voir deux hommes forts, qui ont tous les deux suivi des parcours un peu similaires. En 1950, le fringant Steve Reeves, né en Ecosse puis installé aux Etats-Unis, atteint le sommet de sa carrière de culturiste en gagnant le titre de M. Univers. Par la suite, il exploite son physique pas trop désavantageux en faisant carrière dans le cinéma. Il incarnera, notamment et évidemment, Hercule.

Mouais. C’est quand même un peu le genre de parcours du gars qui n’a pas réussi à percer dans l’écriture.

20 ans tout juste plus tard, c’est un beau bébé venu d’Autriche qui remporte le titre qui a remplacé celui de M. Univers, à savoir M. Olympe. Avant quelques années plus tard de se lancer dans le cinéma à son tour, et de jouer, évidemment et notamment, Hercule. Puis une série de rôles tous plus invraisemblables les uns que les autres : Conan, le Terminator, un flic dans une maternelle, un gouverneur républicain qui se soucie d’écologie. Voyons voir si vous pouvez repérer une petite différence de volume.

Il a un Steve Reeves dans chaque cuisse.

Et si vous pensez qu’on s’est arrêtés là, vous n’avez pas idée de ce que la recherche dans le domaine des stéroï…des exercices avec haltères peut produire, puisque je vous présente le dernier M. Olympe en date, tout juste sorti du moule, le dénommé Brandon Curry.

Il est un peu fort, ce curry.

Et encore, je vous ai montré le lauréat du concours de 1950. Si l’on prend un concurrent lambda, vous allez vous rendre compte qu’il y a près de 70 ans, on pouvait se présenter au plus prestigieux concours de culturisme mondial avec le physique du gars qui, de nos jours, vend des slips. Pour que la comparaison soit encore plus parlante, on va prendre un autre prétendant venu lui aussi d’Ecosse. Regardez plutôt :

Alors, combien s’attendait à une photo de Pluto ?

Avouez que l’évolution est saisissante, non ? Alors même en admettant très volontiers qu’il y a dans cette (largement aberrante) hypertrophie une part non négligeable de chimie par ailleurs peu recommandable, il faut bien reconnaître que les études de sport, qui permettent d’affiner les méthodes d’entraînement et de conditionnement physique pour obtenir des résultats toujours plus remarquables, c’est pas que du flan.

Bon, cela dit, vous êtes combien à avoir reconnu Sean Connery sur les dernières photos ? Eeeeet oui.

Tout ça pour ça ?

Ben oui. Et on le salue bien bas.

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