Tortures marines

Tortures marines

– Il faudra quand même un jour que je comprenne comment on retrouve partout les mêmes patates incompétentes au sommet d’une hiérarchie.

– Ah, toi, tu as encore croisé le principe de Peter quelque part.

– Rappelle-moi cette histoire ?

– C’est en gros l’idée que tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence et donc qu’avec le temps, n’importe quel poste finira par être occupé par un employé parfaitement incapable d’en assumer la responsabilité.

– Ah ben je te confirme, c’est partout, en fait.

– Ben… Non, quand même pas. Le bouquin de Laurence Peter était à moitié satirique et surtout un peu trop généraliste pour s’appliquer partout et tout le temps, même si pas mal de travaux ont confirmé qu’il existait bel et une forme de comment dire… D’incompétence systémique.

– La promotion des imbéciles, oui. J’ai deux ou trois noms qui me viennent, là.

– Seulement ? Bon, si ça peut te rassurer, ça ne date pas d’aujourd’hui.

– Oh je m’en doute.

– Après, c’est un peu tentant de l’invoquer à chaque grosse catastrophe due à l’incompétence ou à une mauvaise décision du responsable, mais le cas de Varus et des trois légions romaines massacrées au Teutoburg en est à mon avis un bien bel exemple.

– On n’a d’ailleurs jamais parlé de cette histoire, tiens.

– Oh ça viendra, c’est une de mes préférées. Mais si tu veux un exemple plus récent et très bien documenté, j’en ai un magnifique.

– Et c’est ?

– SI je te dis méduse, tu penses à quoi ?

– A un truc dégueulasse et gluant qui flotte dans l’eau juste pour me faire mal quand je vais surfer.

– Essaie encore.

– A une Gorgone qui transforme en gros caillou le premier qui jette un œil à sa vilaine tronche ?

– Toujours pas.

– A un tableau de Géricault ?

– Un grand tableau, même.

– Oui, c’est un des plus visités du Louv…

– Non mais grand au sens propre : il fait dans les cinq mètres sur sept.

35 mètres carrés de joie et de positivisme.

– Mon premier appart’ était plus petit mais je ne vois pas le rapport avec le principe de Peter. Il est très beau, ce tableau. Il a bien fait de se mettre à la peinture plutôt que de s’acharner dans le jazz, Géricault.

– Oui sans dou… Attends, quoi ?

– Ben c’est connu, les trompettes de Géricault.

– … Il est horrible, celui-ci.

– Merci. Où la maçonnerie, aussi.

– Non, stop. On peut revenir au sujet, oui ? Le Radeau de la Méduse n’est pas né de son imagination : quand Géricault le termine en 1819, il fait allusion à un naufrage tout ce qu’il y a de réel et accessoirement tout frais, puisqu’il date de 1816.

– Juste après Napoléon.

– Exactement et ça a joué, justement. En 1816, l’empereur est déjà en train de réchauffer doucement ce qui ressemble quand même beaucoup à un cancer du foie à Sainte-Hélène. A Paris, c’est Louis XVIII qui règne et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on fait beaucoup pour solder une partie de l’héritage des quasi trois décennies qui viennent de s’écouler depuis 1789. La Révolution ? Mon cul. L’Empire ? Mon cul aussi : avec la Restauration et le retour des Bourbons sur le trône de France, tout un tas d’aristocrates exilés reviennent dare-dare à Paris pour récupérer les postes et les honneurs dont la Révolution et l’Empire les ont privés. Il y a un symbole magnifique : quand Louis XVIII a la gentillesse « d’octroyer » la Charte qui va servir de constitution au pays jusqu’en 1830, il la date de la… 19ème année de son règne. Et le texte commence pudiquement par évoquer « une longue absence » avant de le dire tel quel : il faut oublier. Tout peut s’oublier.

Louis XVIII interprétant sa Charte.

– La Révolution et Napoléon ? Va quand même falloir faire un gros effort.

–  Et pourtant, le texte de la Charte est on ne peut plus clair : « En cherchant (…) à renouer la chaîne des temps que de funestes écarts avaient interrompue, nous avons effacé de notre souvenir, comme nous voudrions qu’on pût les effacer de l’histoire, tous les maux qui ont affligé la patrie durant notre absence. » Et ça, ça passe entre autres par une bonne vieille purge à tous les échelons de l’Etat : partout, on vire les bonapartistes pour les remplacer par des gens acquis au nouveau régime, aristocrates en tête.

– Un rien revanchards, les royalistes.

– Oh si peu. Bref : dans la longue liste des gars qui se pointent pour récupérer ce qu’ils considèrent comme leur dû, on a un bon gros champion : Hugues Duroy de Chaumareys.

– Tout ça ?

– Tout ça. Le mec revient en 1815 et profite d’un décret qui lui permet de réintégrer la Marine, avec le grade de capitaine de frégate et la pension qui va avec.

– Et c’est grave ?

– Ben c’est-à-dire qu’à 53 ans, ça fait bien un quart de siècle qu’il n’a pas foutu un pied sur un bateau, quoi. Mais bon, ça, encore – non le truc, c’est que de Chaumareys cumule à peu près tous les travers possibles. Il est arrogant, rancunier, frustré, con comme un pendule et doué d’une très haute estime de lui-même. Le genre de type qui devrait logiquement allumer tous les signaux d’alerte quand tu le vois se pointer pour réclamer un commandement sur la foi de… ben rien. Une particule.

– Et on lui file un commandement ?

– Oh oui, et pas n’importe lequel. On débarque au sens propre le capitaine d’une bien belle frégate napoléonienne, la Méduse, pour le refiler Hugues de Chaumareys. Et c’est vraiment un beau barlu, la Méduse : 47 mètres de long, 46 canons tout de même et 350 hommes d’équipage. Mis on ne se contente pas de lui filer un commandement, malheureusement : on lui file aussi une mission, à l’autre tocard.

Franchement, on a pas de meilleure légende qu’une méduse qui tire diverses bordées.

– Ben il n’a encore rien fait de mal, là ?

– A part se comporter en connard arrogant convaincu qu’on lui doit quelque chose après avoir glandé pendant 25 ans ? Non, mais ça va venir et sa mission, il va la bousiller comme un prince, tout seul comme un grand. Sur le papier, on lui demandait pourtant pas de découvrir l’Amérique, hein : son boulot consistait à partir de l’île d’Aix à la mi-juin 1816 pour cingler vers le Sénégal où la France venait de récupérer ses comptoirs commerciaux occupés par…

– … les Anglais ?

– Gagné. Bref, un petit voyage dans des eaux bien connues et une passation de pouvoir, rien de bien violent. L’expédition se lance d’ailleurs sans trop de soucis, d’autant que la Méduse ne part pas seule, mais avec trois autres navires, l’Echo, l’Argus et la Loire.

– Tout ça ?

– Pour la France, il s’agit d’amener au Sénégal une palanquée de fonctionnaires, de colons et de scientifiques… Tu rajoutes aussi pas mal de soldats – d’anciens bagnards, pour certains, libérés à condition de s’enrôler. Ça fait du populo et la Méduse toute seule ne peut pas embarquer tout le monde. Et c’est là que Hugues de Chaumareys va commencer à se comporter comme le dernier des crétins.

– On peut s’y prendre de beaucoup de façons.

– Lui décide d’activer le mode gros kéké, version Restauration.

– Et ça consiste en quoi ?

– A rouler les mécaniques pour faire le malin : Guiton Machin de la Truc commence par… semer les trois navires censés l’escorter. 

– Mais enfin pourquoi ?

– Le côté « La mienne est plus grosse que la tienne ». Je ne déconne pas, c’est vraiment aussi con que ça. Il largue le reste de l’escadre… parce qu’il peut : son bateau est plus rapide. Je rappelle qu’il n’a pas fait trois miles en mer depuis 25 ans.

– Mais attends, il n’a pas des seconds pour lui remettre les idées en place ?

– Oh si, et l’ambiance est glaciale dans le carré des officiers, justement. Tout le monde voit qu’il est à peu près aussi doué pour commander une frégate de cette taille que moi pour mener un spectacle de cheerleaders. Il ne sait pas lire les cartes et il n’est pas foutu de faire le point mais YOLO. Pourquoi tu te marres ?  

– Rien, j’essaie d’effacer l’image qui m’est venue, mais j’ai comme une persistance rétinienne.

« Gimme an A ! »

– … Voilà donc Hugues de Chaumareys qui longe les côtes de Mauritanie au plus près, toujours dans son obsession de tenir sa moyenne et de griller tout le monde à l’arrivée. Et au lieu de lire ses putains d’instructions ou d’écouter ses officiers expérimentés qui font la danse du ventre pour lui expliquer que c’est complètement con de raser les récifs, Guiton de Bitonio du Bidule écoute… un passager, un certain Richefort, qui s’y connaît à peu près autant que lui.  Evidemment, ça ne rate pas.

– Il coule.

– Même pas. Le 2 juillet 1816 à 15h15, la Méduse s’échoue comme une vieille godasse sur le banc d’Arguin, autrement au beau milieu de 15 000 kilomètres carrés de hauts-fonds vaseux qui s’étendent de la côte mauritanienne jusqu’à une cinquantaine de kilomètres vers le large. Et il est connu, ce banc de sable, hein, il n’a pas poussé là pendant la nuit. L’autre abruti s’est viandé comme un gros panda, tout seul.

– Faut-il être con.

– Oh il s’échauffe à peine, là. Pendant deux jours, l’équipage s’évertue à sauver le navire qui reste planté par la quille comme un con.

– Les marées ne le libèrent pas ?

– Nope. A bord, c’est la fête à neuneu. Le désordre est total. Désabusés, les officiers et les marins sont ivres morts les trois-quarts du temps, à commencer par Guiton le Visionnaire, un rien mortifié peut-être d’avoir planté son rafiot de façon aussi grotesque. Il ne dessaoule littéralement pas.

– Ah bravo.

– Le 4 juillet, une tempête se pointe, histoire que ce soit plus drôle, et les lames qui tapent contre la coque immobilisée finissent par avoir sa peau. De grosses voies d’eau apparaissent et pire encore, la quille pète.

– C’est un contrepet ?

– Non, c’est un désastre. Là, ça devient franchement injouable et la décision est prise d’abandonner le navire. Et là, c’est le drame. Tu te souviens du gag des canots de sauvetage du Titanic ?

– Pas assez nombreux pour pouvoir embarquer tous les passagers ?

– Exactement. Là, on est un siècle avant, autant te dire que c’est le même problème en plus gros : il y en a… six. L’état-major fait le point et constate l’évidence :  il n’y a pas assez de chaloupes pour tout le monde. Une liste est donc dressée en secret pour identifier ceux qui auront le droit de monter à bord.

– Mais les autres ?

– Advienne que pourra et à la grâce de Dieu. Ils pourront compter sur la Divine Providence.

– Ils aimeraient mieux pouvoir compter sur un canot correct, à mon avis.

– Oui ben on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, Sam. Dans une légère panique, l’équipage bricole à la hâte une espèce de grand radeau, bricolé à partir d’un mât, de la hune et de quelques planches. Le 5 juillet, on met à l’eau les chaloupes, les canots – et ce radeau de 35 mètres carrés sur lequel prennent place 157 hommes, essentiellement des marins et quelques officiers. 17 hommes font de leur côté le pari de rester à bord de la carcasse de la Méduse pour attendre des secours.

– Et les autres ?

– Ils embarquent sur les chaloupes, chargées de tonneaux.

– Des provisions ?

– Oh oui, un peu. Mais du pinard, surtout.

– Tu déconnes ?

– Non non. Ils abandonnent l’essentiel des réserves de bouffe dont regorgent les cales… On relie par des grandes cordes les chaloupes entre elles et on les amarre au radeau, à la remorque. Le but est assez logiquement de rallier la terre ferme.

– Cinquante bornes, c’est ça ? Ça se fait.

– Sauf que la terre en question, c’est le Sahara.

– Ah.  

– Voilà. Le but des officiers est donc de longer les côtes en remontant vers le nord, pour joindre un territoire plus hospitalier. Mais le vent se lève, perturbant la progression des chaloupes, retenues par le lourd radeau. Tu le vois venir ?

– Non ?

– Si si.  Il est à peu près certain que quelqu’un – même on ne saura pas qui – décide à un moment de lâcher le radeau et ses 152 marins malgré les cris, les suppliques et les menaces des naufragés. Un coup de hache à travers le filin, et c’est plié.

– Ah mais les enfoirés.

– Le radeau part à la dérive et loi de l’emmerdement maximum oblige, c’est bien évidemment vers le large qu’il part avec sa cargaison d’hommes fous de désespoir : ils n’ont absolument rien pour piloter leur embarcation de fortune. Pas de gouvernail, pas de carte, rien. Quelques acharnés montent bien un malheureux mât improvisé avec leurs slips en guise de voile ou à peu près, mais ça ne donne évidemment pas grand-chose.

Ah faut reconnaître que c’est rustique.

– Eh ben quel merdier.

– Oh il y a mieux. Très vite, les 152 hommes réalisent qu’ils n’ont rien à manger. Rien.

– Attends, on voit des tonneaux, sur ton schéma.

– Oh oui. Pour boire, ça, ils peuvent boire. De l’alcool, qui ne doit pas beaucoup aider lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur.  

– Qu’est-ce qui leur tombe dessus, encore ?

– Une bande de loups affamés.

– Hein ? en pleine mer ?

– Ben quoi, ça pourrait, le loup est après tout un poisson. Mais en l’occurrence, non : juste une bonne vieille tempête qui se pointe dès leur première nuit de dérive histoire de poser le décor. Ça tangue sévère.

– Sévère comment ?

– Tu as déjà essayé de te tenir peu près droit sur un ramassis de blanches vaguement encordées entre elles quand des vagues de huit mètres te secouent dans tous les sens et qu’on n’y voit…

– Goutte ?

– … strictement rien ? Parce que crois-moi, ça explique pourquoi il y a déjà vachement moins de monde au petit matin. Pas mal de passagers ont glissé entre les planches et sont morts noyés, d’autres sont salement blessés, avec des membres brisés et des échardes plantées un peu partout.

– Oh mais bon dieu.

– Et les joyeusetés ne font que commencer : ça va durer treize jours, treize jours d’enfer sur terre.  Enfin sur mer.

– Et les gars dans les chaloupes ?

– Ils connaissent des fortunes diverses, mais beaucoup s’en sortent – dont Guiton de la Trucmuche, parce qu’il y a manifestement un ange gardien spécialement chargé de sauver la mise aux connards irresponsables pendant que leurs victimes subissent l’horreur.

– A en regretter qu’une tempête ne vienne pas en finir une bonne fois.

– Pas loin. Sur le radeau, que ses passagers surnomment vite « La Machine », on se bat pour un biscuit ou pour une chaussure de cuir qu’on mâchonne ensuite.

– La Machine ?

– Une machine à broyer tout espoir, à détruire les corps et à griller ce qui reste au soleil. La soif et la faim. Le sel. Les nausées, la puanteur et l’angoisse. Ils passent par à peu près toutes les souffrances possibles et imaginables. La nuit, ils s’attachent ensemble au centre du radeau, comme ils peuvent, pour éviter d’être emportés par les vagues. Le jour, on tente d’attraper des poissons avec les pauvres moyens du bord dans une promiscuité poisseuse où chacun menace chacun. Prendre un poisson, c’est s’exposer à se faire fendre le crâne par son voisin envieux.

– Ah ça ne fait pas ressortir le meilleur de l’humanité.

– Non, ça fait ressortir l’humanité en général. Il y des solidarités inouïes, comme il y a le pire. Certains craquent complètement et perdent l’esprit. Avec des gestes hallucinés et dans des visions atroces, ils croient en tous les mirages. Certains se suicident en sautant soudain d’un coup par-dessus bord, pour en finir plus vite. Une nuit, certains marins, foutus pour foutus, décident de se saouler la gueule comme il faut. Certains prennent une telle cuite que fous de douleur et ivres de gnôle, ils décident de mettre fin à la torture de tout le groupe et commencent à… attaquer le radeau à la hache. Bagarre générale avec les autres, pas trop d’accord. Des requins tournent autour du radeau, attirés par le sang et les cadavres qui glissent dans l’eau. Au matin, il ne reste plus que 64 hommes.

– Tu me diras, ça fait de place.  

– Et ça fait de la bouffe, aussi. De la bonne viande bien fraîche.

– Mais je l’aimais beaucoup, moi, Roger.
– Ben justement. Reprends-en.

– …Oh non…

– Si si, certains n’hésitent pas, quand d’autres préfèrent bouffer leur baudrier, leurs godasses ou des cordages.

– Et ?

– Ben ils meurent. Dans la notion de cannibalisme de survie, il y a survie. Au cinquième jour, il reste trente hommes à bord, dont une cantinière la seule femme à bord de la Méduse. La nuit suivante, elle et son mari sont balancés à la flotte, avec une dizaine d’autres.

– Hein ?

– Ils étaient mourants et consommaient pourtant une partie des rations de vin, la seule source de calories à bord, chair humaine à part. Le dixième jour, il ne reste qu’une quinzaine de marins à bord du radeau mais question bouffe, ça pue. Au sens propre, je veux dire : la viande de matelot, ça pourrit vite, au soleil du large de l’Afrique. L’abattement tombe sur les derniers, qui attendent la délivrance de la mort, prostrés, QUAND SOUDAIN…

– TU M’AS FAIT PEUR ANDOUILLE.

– Quand soudain, au matin du treizième jour, pourtant, un brick parti récupéré l’or et l’argent présent sur l’épave de la Méduse tombe sur le radeau. Par hasard.

– Tu as mal écrit « parti secourir les marins naufragés ».

– Parce qu’on ne les cherchait pas. Chaumareys avait bien envoyé un navire, mais pour récupérer trois barils de 92 000 francs en pièces d’or et d’argent.

– Mais quelle enflure… ? Bon, au moins ils sont sauvés.

– Ben… Pas tous. Sur les quinze qu’on récupère, cinq meurent d’épuisement. Restent dix survivants, plus trois sur les 17 qui étaient restés l’épave de la Méduse. Mais alors en revanche crois-moi, ils sont bien remontés contre leur capitaine et leur témoignage va le disperser façon puzzle, à son procès.

– Il y a eu un procès ?

– Oui. A un moment, la particule, ça ne protège pas de tout quand même et le scandale est tel que le roi ne peut pas y couper : il y va de sa propre réputation, c’est lui qui a nommé Chaumareys, après tout. Et d’ailleurs, ça ne rate pas : le procès est un peu plus que celui d’un naufrage. C’est aussi, en filigrane, la compétence d’un régime incapable d’admettre qu’on ne nomme pas de gens sur titres sans risquer quelques catastrophes de cette envergure qui se retrouve sur le grill.

– Il risque quoi, Hugues de Chaumarey.

– En théorie, sa tête : il y a tout de même plus de 160 marins qui y sont restés, dont 147 sur le radeau de la Méduse. En pratique, pas grand-chose parce que le droit qui s’applique en l’espèce est un bordel sans nom, entre les textes de la justice royale, ceux du droit maritime, ceux de la République, le corpus napoléonien…. Mais sa lâcheté et son incompétence sont incontestables et incontestés. Il s’en sort pourtant avec une sanction clémente : trois ans de prison, doublé de l’humiliation d’une dégradation publique. Il finira sa vie dans la ruine de son château de famille à l’abandon.

– Je ne vais pas pleurer sur son sort, écoute.

– On a eu notre dose d’eau salée, faut dire.

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